Activités artistiques à Sudbury

Pour expliquer la situation actuelle de Sudbury au plan artistique, il faut dire un mot d'un mouvement au début des années 1970 et dont les retombées se font encore sentir, soit la Coopérative des artistes du Nouvel Ontario (CANO). Né parmi un groupe d'étudiants universitaires et d'autres jeunes du Nord, ce mouvement est incontestablement le plus important effort collectif de créativité dans l'Ontario français des dernières années. Renforcé par l'apport des animateurs artistiques du vaste programme Opération-Ressources, il a inspiré un esprit nouveau aux jeunes artistes et son influence s'est fait sentir dans tous les arts. Il a amené l'artiste franco-ontarien à voir l'art et son rôle d'artiste dans une perspective nouvelle d'enracinement à son milieu. Et cette perception s'est étendue à la vision de la société tout entière. Les adeptes de CANO, plus nombreux que les seuls membres de la Coopérative, ont pris résolument le parti de parler des réalités quotidiennes qui les entouraient plutôt que d'exploiter la culture « classique » française ou québécoise.

Le mouvement déclenché par CANO a marqué l'activité artistique sudburoise depuis quelques années. Les créations du Théâtre du Nouvel-Ontario lui doivent beaucoup. Les Éditions « Prise de Parole », s'inspirant de la philosophie de CANO, croient aux poètes, dramaturges et romanciers du milieu ontarien qu'elles recrutent, encouragent et publient. La Galerie du Nouvel-Ontario prend pour ainsi dire la relève de la maison d'Earlton, où les artistes de CANO se regroupaient à l'origine. Ciné-Nord peut aussi être considéré comme une retombée de CANO, mais la réalisation la plus spectaculaire est sans contredit le groupe musical CANO-musique qui connaît actuellement un grand succès tant en Ontario qu'au Québec.

La Nuit sur l'Étang, « festival de la création franco-ontarienne », doit aussi à l'esprit du mouvement de CANO. […] la Nuit sur l'Étang a réuni chansonniers, poètes, monologuistes, groupes de musiciens, troupes de théâtre de tous les coins de la province. Elle a servi de centre de diffusion des créations théâtrales franco-ontariennes et aussi, à l'occasion, des oeuvres artistiques dans le domaine des arts visuels.

Par son style de contre-culture, son option de travailler en chapelle fermée, son manque de discipline et son goût net de scandaliser, le mouvement CANO a suscité des réactions hostiles. L'opposition est venue surtout des milieux d'enseignement et des élites franco-ontariennes. De plus, CANO n'a jamais réussi, malgré son ambition avouée, à rejoindre les classes populaires dont il voulait pourtant exprimer la condition.

Mais cette phase d'opposition a été peu à peu surmontée comme en témoigne l'évolution du Théâtre du Nouvel-Ontario. Petit à petit, le TNO a établi des contacts avec les milieux de l'enseignement et un plus large public en participant au développement de la troupe amateur des Ka-O-Tiks. Il s'intéresse aujourd'hui activement au théâtre étudiant, en offrant des ateliers de formation et une collaboration aux troupes scolaires comme Les Draveurs de l'école Macdonald-Cartier. Il a diversifié ses productions pour y inclure du théâtre de répertoire, tout en poursuivant son travail de création.

On ne saurait évidemment réduire toute l'activité culturelle sudburoise à l'action du mouvement de CANO. Des chansonniers comne Robert Paquette et François Lemieux se sont fait connaître par leurs efforts personnels.

Bien avant l'apparition de CANO, le Centre des jeunes et de la culture de Sudbury s'attachait à la promotion des arts visuels et d'interprétation. Fondé il y a plus d'un quart de siècle, ce centre de loisirs le plus renommé de l'Ontario français a beaucoup apporté aux générations successives de jeunes qui ont passé dans ses murs. Le Centre a aussi fourni une aide indispensable à l'aménagement de la Slague, salle de spectacle qui remplit une fonction essentielle dans une des villes les plus défavorisées du Canada en termes d'équipement culturel.

Le conseil régional de l'ACFO a lui aussi joué un rôle important à Sudbury dans la promotion d'activités culturelles et artistiques. Il a été impliqué dans l'organisation de soirées culturelles et de spectacles, en particulier dans celles de la Nuit sur l'Étang et du festival Spectrum. Il a assuré la coordination de trois Festivals des Arts populaires. C'est surtout dans l'animation communautaire qu'il concentre aujourd'hui ses efforts.

Tiré de Pierre Savard, P. Beauchamp et P. Thompson, Cultiver sa différence. Rapport sur les arts dans la vie franco-ontarienne, Ottawa, Conseil des arts de l'Ontario, 1977, p. 73-76.