Une société, une communauté ne sont pas de simples additions d'individus. Elles supposent une transcendance, une capacité de se concevoir comme un ensemble dans le temps et dans l'espace et de se représenter comme tel. Pour ce faire, elles créent un appareil de références issues de la réalité objective, mais aussi de l'imaginaire de ses membres. Cet appareil de références comprend la façon de se désigner Français, Canayen, Canadien français, Franco-Ontarien, Ontarois et va jusqu'aux uvres artistiques, en passant par toute la gamme des productions culturelles – brochures d'associations culturelles, événements sportifs, activités communautaires et institutions sociales.

L'identité franco-ontarienne repose sur un sens du Moi et un sens de l'Autre. Elle implique la croyance en des origines et en un héritage commun, au cœur duquel on trouve la langue française et la peur que celle-ci ne disparaisse, anéantie par l'assimilation.

 
Mais avant l'identité franco-ontarienne, il y eut en Ontario une identité canadienne-française : profondément territoriale, l'identité canadienne-française se réclamait d'une grande partie du continent nord-américain et était un sujet de discours populaire lors des manifestations patriotiques.

Sous l'effet des crises scolaires, on prend conscience du fait que les problèmes des francophones de l'Ontario sont différents de ceux des autres provinces, en particulier du Québec. C'est ainsi que naît l'identité franco-ontarienne. Les élites prennent également conscience du fait qu'être franco-ontarien comporte des droits et des devoirs précis.

Pour la plupart des francophones de l'Ontario, cependant, l'identité franco-ontarienne relève surtout du quotidien. Elle se vit d'ailleurs différemment selon les lieux, les milieux et les époques. Comme toute identité, elle se fonde sur des distinctions qui créent parfois des marginalisés.

L'identité franco-ontarienne est donc multiple. Elle prend encore une autre valeur pour ces « francophones ethnoculturels »  venus des quatre coins du monde, au bagage très différent des Franco-Ontariens « de souche » . Se sentent-ils même franco-ontariens ? Que signifie pour eux la francophonie ontarienne ?

Le terme « Franco-Ontarien », employé le plus souvent pour désigner les francophones de l'Ontario, révèle à lui seul tous les enjeux de la situation minoritaire du groupe. Pour gommer cette dimension minoritaire de la désignation, certains proposent de remplacer « Franco-Ontarien  par  Ontarois ».