L'identité des individus est intimement liée à leur condition socio-économique. Le genre de travail qu'on fait, le type de maison dans laquelle on vit, la place qu'on occupe dans l'échelle sociale influent sur la représentation de soi et des autres. Trois types de travail - et le mode de vie qui les accompagne - sont associés aux Franco-Ontariens : l'agriculture, le travail en forêt et dans les mines.

Depuis le début de leur implantation en Ontario, les francophones ont dû trimer dur pour assurer leur subsistance. C'est le cas des coureurs de bois et des voyageurs aux 17e et 18 e siècles, dont la légende s'est emparée pour en faire des aventuriers romantiques ; c'est le cas des cultivateurs de la région de Détroit-Windsor vers 1800, aux prises avec de mauvaises récoltes, elles-mêmes annonciatrices de maux plus graves ; c'est le cas, 100 ans plus tard, des colons du nord de la province, que les conditions climatiques peu propices à l'agriculture poussent vers le travail en forêt ou dans les mines ; c'est le cas des ouvriers des villes qui ne peuvent espérer une certaine aisance que par le travail de tous les membres de la famille.

Cette identification à la condition ouvrière donne naissance au stéréotype du Franco-Ontarien «  porteur d'eau » , arriéré par rapport à l'Ontarien anglophone.

Les Franco-Ontariens ont lutté contre cette perception, mais en même temps, et souvent à leur insu, ils ont intériorisé cette image négative, associant langue française et marginalité économique.

Même les apôtres de la Survivance, qui pourtant luttent pour redonner aux Franco-Ontariens la place qu'ils méritent, ont promu l'idée que la Modernité est un phénomène récent chez les Franco-Ontariens. On retrouvait cette notion aussi bien chez les élites traditionnelles que chez le groupe de jeunes musiciens Cano dans les années 70.

En réalité, l'urbanisation des Franco-Ontariens s'est effectuée au même rythme que celle des autres Ontariens ; l'écart entre les deux groupes est minime.