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Courir la chandeleur Tiré du Père Anselme Chiasson, Les îles de la Madeleine, vie matérielle et sociale de l'en premier, Ottawa, Leméac, 1981, p.147-149. La tradition orale affirme qu'on a « couru la chandeleur » partout aux îles de la Madeleine, mais de façon plus ou moins différente selon les régions. À Havre-aux-Maisons, des jeunes gens et même des gens mariés se déguisaient, un peu comme à la mi-carême, et seuls ou par petits groupes, visitaient les maisons afin de s'y faire servir un coup de boisson. À Barachois, devenu Fatima aujourd'hui, et à Pointe-aux-Loups, dans chaque district de ces paroisses vers le début du siècle, des jeunes gens passaient par les maisons quelques jours avant la chandeleur pour recueillir toutes sortes de victuailles et de mangeailles en vue d'un souper plantureux à préparer le soir de la fête. Ailleurs aux Îles, à Barachois et à Pointe-aux-Loups avant 1900, on recueillait du lard et de la farine seulement, en vue d'un souper aux crêpes le soir de la chandeleur. Si le souper pouvait varier suivant les lieux ou les époques, le rite de la cueillette était le même. Cette quête à domicile se faisait en traîneau. Les jeunes gens ne se costumaient pas, mais décoraient leur cheval et le traîneau. Et pour donner un air de fête et de carnaval à leur démarche, ces groupes se munissaient de tout un attirail d'instruments à faire du tapage, cloches, sifflets, borgos, chaudrons, etc. Et sur le parcours d'une maison à l'autre, on s'efforçait de faire le plus de vacarme possible. Arrivés aux portes, les quêteux demandaient à entrer et une fois admis à l'intérieur, ils chantaient et dansaient joyeusement. Puis le chef du groupe faisait un discours. Avant de « courir la chandeleur », il fallait trouver une maison qui accepterait qu'on y fasse le souper. Très peu de maisons pouvaient se permettre d'accepter. En effet, c'était tout un branle-bas ! Toutes les victuailles recueillies y étaient apportées. Le jour même, des femmes venaient très tôt pour aider à la préparation et à la cuisson du repas. Les gens arrivaient dans l'après-midi. Tous ceux qui avaient fourni de la nourriture avaient droit d'assister au banquet et à la fête. Le souper durait des heures, les tablées succédant aux tablées. Mais tout le monde aidait et tout se passait dans la joie. À Barachois et à Pointe-aux-Loups avant 1900, permanence ailleurs, les crêpes furent le mets spécifique de la chandeleur. Et autrefois, pour en faire une partie de plaisir, la tradition voulait que chacun revire sa propre crêpe dans la poêle. Ceux qui manquaient leur coup s'en passaient, ou la mangeaient là où elle tombait sans se servir de leurs mains, ou recevaient certaines autres punitions.. Dans la pâte à crêpe, on mettait un jonc, une médaille, un sou et un bouton. Celui ou celle qui trouvait le jonc dans sa crêpe se marierait bientôt ; la médaille indiquait une future religieuse ou un prêtre ; le sou annonçait la richesse ; et la malheureuse qui recevait le bouton resterait célibataire. Cette tradition existait encore en 1960. Quant aux crêpes de la chandeleur, on affirmait qu'elles étaient meilleures si elles étaient détrempées avec de l'eau de neige fondue. Souvent, le souper n'était pas encore terminé que la danse avait déjà commencé. C'était une grande fête, une grande veillée où l'on dansait toute la nuit. Le lendemain, on donnait aux pauvres l'abondant manger qui restait. Aux îles, toute occasion était bonne pour jouer des tours. La chandeleur aussi. Ce jour-là, des jeunes gens seraient venus chez un voisin lui proposer de faire chez lui un fricot avec une poule qu'ils apportaient. Ce dernier, trop heureux d'accepter l'aubaine, se régalait avec eux et sa famille d'un bon fricot à la poule. Mais le lendemain, il se rendait compte qu'il avait mangé une de ses propres poules, volée la veille par ces garnements. Dans certaines parties des Îles, la chandeleur « se courait » encore en 1960. |