La population acadienne a reçu l'apport d'autres groupes. De tous temps, des éléments amérindiens et britanniques se sont fondus à la population de l'Acadie. Après le Grand Dérangement, des francophones de diverses sources sont aussi venus alimenter le fait français dans les provinces atlantiques. Un peu partout dans le Golfe, par exemple, des Jersiais et Guernesiais se sont acadianisés, épousant des Acadiennes, se convertissant au catholicisme et troquant le patois anglo-normand pour le français acadien. De nombreux Canadiens français se sont également installés au Nouveau-Brunswick, particulièrement dans les régions frontalières du nord et du nord-ouest. Les communautés acadiennes de la Nouvelle-Écosse accueillent, quant à elles, des réfugiés de la Révolution française et de la France napoléonienne. Plus tard au 19e siècle, ce sont des déserteurs fuyant les navires de pêche français qui s'intégreront aux populations acadiennes du Cap-Breton et des Îles-de-la-Madeleine, comme en témoigne la tradition orale.

 

Toutefois, c'est la côte ouest de Terre-Neuve qui reçoit le plus grand nombre de Français, puisque la France y conserve un droit de pêche jusqu'en 1904. Durant tout le 18e et le 19e siècle, des milliers de marins et de pêcheurs bretons partent chaque année pour Terre-Neuve et Saint-Pierre-et-Miquelon. Les conditions difficiles sur les bateaux, notamment pour les mousses, en encouragent un certain nombre à déserter, alors que d'autres, leur service terminé, reviennent s'établir sur la côte ouest de Terre-Neuve, où ils se mêlent aux Acadiens. Ce mouvement prend fin en même temps que le droit de pêche de la France, en 1904, mais on trouve des cas isolés après cette date.

 

Qu'ils soient Français, Acadiens ou Canadiens français, les francophones de la région atlantique ont eu, comme les autres groupes linguistiques, à composer avec l'isolement et avec des moyens de communication rudimentaires. Ceux-ci s'améliorent lentement, mais les populations insulaires ainsi que celle de la péninsule de Port-au-Port, à Terre-Neuve, continuent d'être isolées tard au 20e siècle. Cependant, on trouve des moyens ingénieux pour contrer cette situation.
Déracinement, isolement, Grand Dérangement, Déportation, errance : autant de termes qui indiquent un rapport au territoire. Éparpillé dans les quatre provinces atlantiques et bien au-delà, le territoire acadien est en grande partie un espace mental qui prend forme du moment qu'un Acadien s'installe dans un lieu donné. Paradoxalement, le déracinement provoqué par les déportations a permis un enracinement de la conscience collective.

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