L'identité des individus, comme celle des collectivités, est tributaire du milieu où ils vivent. Les voies de communication, la densité du peuplement, tout l'environnement contribue à façonner les êtres. Comme ailleurs au Nouveau-Monde, l'identité acadienne s'est formée par la rencontre d'Européens avec un nouveau milieu et par la façon particulière dont ils ont occupé le territoire.

Au début du 17e siècle, une population originaire de France prend racine sur les rives de la baie de Fundy et en d'autres points de la région atlantique. L'Acadie était née. Quelques générations plus tard, la politique internationale vient modifier la géographie acadienne : l'Angleterre ayant conquis l'Acadie péninsulaire en 1713, le roi de France incite ses sujets acadiens à passer en territoire français, notamment à l'île Royale (île du Cap-Breton) et à l'île Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard). Une partie de la population se déplace, mais seulement à contrecœur.

 

 

Plus que tout autre territoire français d'Amérique, l'Acadie a été l'enjeu, dans la première phase de son histoire, de la géostratégie des grandes puissances européennes. Ballottés entre la France et l'Angleterre, les Acadiens firent l'objet d'une série de déportations entre 1755 et 1763. Cette migration forcée, traumatique, qu'on a appelée le Grand Dérangement, constitue le mythe fondateur de l'identité acadienne.

Mises sur des navires à la pointe de la baïonnette dans une atmosphère de panique, voire de terreur, des milliers de personnes errèrent pendant des années, sinon des décennies, par le monde atlantique. La géographie et l'identité acadiennes s'en trouvèrent bouleversées à jamais. Des familles furent séparées; certaines périrent ; d'autres réussirent à se reconstituer en des lieux qui devinrent autant de nouvelles Acadies. Même dans les autres colonies françaises et dans l'ancienne mère-patrie, ces réfugiés étaient rarement bien accueillis. C'est ainsi que les Acadiens qui avaient trouvé refuge aux îles de Saint-Pierre-et-Miquelon furent contraints de repartir ; ils refusèrent toutefois d'aller s'établir à Cayenne, en Guyane, comme le leur demandaient les autorités françaises.

 

 

À partir de 1764, les Acadiens commencent à se réinstaller dans la région atlantique. Traumatisés par la Déportation, ils évitent de s'établir sur leurs anciennes terres, situées près des centres de pouvoir britanniques. De toute façon, des colons de la Nouvelle-Angleterre occupent maintenant la plupart de ces terres. Les Acadiens s'installent donc plutôt sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard, peu propices à l'agriculture, et tirent de la mer une bonne part de leur subsistance.

 

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