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Après la Deuxième
Guerre mondiale, les élites acadiennes, tant laïques
que cléricales, participent à l'avènement
de la Modernité et transforment les institutions de
la Survivance, que ce soit dans le domaine religieux, coopératif,
hospitalier, communautaire ou scolaire. Ainsi, dans les années
50, on commence à centraliser les écoles pour
offrir une meilleure instruction aux élèves ;
au début de la décennie suivante, ce sont les
universités francophones du Nouveau-Brunswick qui se
consolident dans une institution provinciale à campus
multiples, l'Université
de Moncton. Dans les années 80, les Acadiens se
dotent d'un réseau
collégial et, dans les régions où
les francophones sont minoritaires, on se met à réunir
école et centre communautaire dans un même ensemble.
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Pour de nombreux jeunes et moins
jeunes, les changements proposés par les élites
traditionnelles sont beaucoup trop timides. Comme ailleurs
dans le monde, les années 1960 sont, en Acadie, une
époque de contestation : on ne montre plus le
même respect envers le clergé et on accuse les
élites traditionnelles d'enfermer les Acadiens
dans un carcan idéologique étroit, certains
considérant même qu'elles sont totalement
dictatoriales. En outre, sous des dehors revendicateurs, elles
seraient inféodés à la majorité
anglophone, notamment par leur adhésion aux deux vieux
partis : le parti conservateur et le parti libéral.
Enfin, elles utiliseraient le nationalisme acadien pour servir
des intérêts individuels.
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Ces critiques sévères
sont en partie méritées, mais il faut remettre
la vision du monde et l'action des élites traditionnelles
dans leur contexte. Dans l'histoire de l'humanité,
les élites ont toujours amalgamé les intérêts
de la population et les leurs. En Acadie, ce fut le cas des
seigneurs et seigneuresses sous le Régime français ;
ce fut encore le cas de la classe
montante des notables après le Grand Dérangement ;
c'est toujours le cas aux 19e et 20e
siècles pour les gens
d'affaires et professionnels
qui profitent de l'urbanisation et de l'avènement
en Acadie d'une société de consommation.
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En outre, conquis
définitivement par l'Angleterre en 1710, les
Acadiens ont développé rapidement une culture
politique qui oscille entre la résistance et la soumission,
une culture du compromis. Ils payent rentes et redevances
à leur nouveau souverain, mais leur attitude est ambiguë
lorsque les autorités britanniques leur demandent de
prêter le serment d'allégeance.
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Résistance, soumission,
compromis, autant de traditions sociopolitiques qui s'entrecroisent.
Pendant que des communautés de l'Île-du-Prince-Édouard
opposent une résistance aux exactions des grands propriétaires
anglophones et que les habitants du Madawaska dénoncent
leur exclusion du processus politique,
les notables acadiens de la côte du Nouveau-Brunswick
s'intègrent à l'Empire britannique
dont ils profitent. Pendant que les électeurs du comté
de Gloucester, dans le nord-est du Nouveau-Brunswick, pétitionnent
l'Assemblée provinciale pour que celle-ci assure
la traduction française des débats législatifs
et que Marichette expose avec un humour
mordant dans L'Évangéline les injustices
dont est victime le peuple acadien, en particulier les femmes,
à l'Île-du-Prince-Édouard, les Acadiens
veulent leur part de patronage.
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Dans les années 60, la
tradition du compromis et les tenants de la résistance
s'affrontent. Alors que les élites traditionnelles
continuent de prôner le progrès dans l'accommodation,
les élites montantes favorisent une approche radicale
face à la majorité anglophone. Elles réclament,
par exemple, des écoles francophones là où
elles n'existent pas. Au Nouveau-Brunswick, les jeunes
revendiquent des services égaux
à ceux des anglophones, notamment dans le domaine de
l'éducation, et ils n'acceptent plus d'être
humiliés par des bigots comme le maire Leonard Jones,
de Moncton. Les féministes acadiennes exigent, elles,
l'égalité avec les hommes. Ce militantisme
se manifeste sur le plan politique par l'émergence
du Parti acadien au début des années 70. Pour
que l'Acadie s'épanouisse, le nouveau parti
élabore un programme fondé sur une intervention
massive de l'État et la création d'une
province acadienne. S'il ne connaît pas le succès
électoral, le Parti acadien,
par son dynamisme et la vigueur de ses positions, force les
vieux partis à se tourner davantage vers l'électorat
francophone. Il n'y a pas si longtemps, il eût
été inconcevable de voir deux Acadiens se faire
la lutte pour le poste de premier ministre du Nouveau-Brunswick,
comme ça a été le cas lors des élections
de 1999.
L'avenir est prometteur pour les Acadiens.
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