À partir de la fin du 19e siècle, l'Église catholique est au centre de la société acadienne. Travaillant étroitement avec les élites laïques, elle participe activement à toutes les luttes nationales. Les grandes conventions nationales, les institutions scolaires, les associations, le mouvement coopératif sont en grande partie l'œuvre du clergé. Pendant un temps, le journal L'Évangéline est étroitement lié à l'Église. Des religieux et des religieuses sont à la tête des réseaux de santé et d'assistance publique. En maints endroits, le curé est le personnage le plus important de la communauté, même s'il est souvent contesté. Il joue le rôle de conseiller, de guide. Et s'il est bon prédicateur, il jouit de l'admiration de ses ouailles. Tous connaissent son pouvoir et il vaut mieux l'avoir de son côté, que l'on soit en affaires ou en politique.

 

Le catholicisme étant partie intégrante de l'identité acadienne, la population demande des paroisses et des prêtres acadiens. Elle se rallie derrière ses chefs de file pour exiger également des évêques francophones et des diocèses acadiens. Que l'institution religieuse soit francophone et acadienne est d'autant plus important pour les Acadiens que celle-ci n'est pas confinée aux seules affaires spirituelles.

Ainsi la Renaissance acadienne qui s'amorce dans les dernières décennies du 19e siècle est-elle aussi une renaissance religieuse. Bien sûr, l'Église catholique était présente dans l'est de l'Amérique depuis les débuts de la colonisation française, mais les établissements acadiens étaient peu influencés par les autorités religieuses. La Déportation et la dispersion du peuplement acadien, à une époque où le diocèse de Québec manquait de prêtres, aggravèrent la pénurie. L'Église dut composer avec la situation. Aussi, en plusieurs endroits, le culte et les rites furent-ils placés directement dans les mains des fidèles, qui étaient autorisés à tenir des réunions de prière appelées messes blanches ; des laïcs officiaient aux baptêmes, aux mariages et aux sépultures, en attendant qu'un prêtre puisse régulariser ces actes. Pendant une ou deux générations, plus longtemps parfois, un grand nombre d'Acadiens furent donc laissés à eux-mêmes. Si les habitants de Chéticamp conservèrent leur ferveur religieuse, il semble que ce soit là une exception, comme en font foi les témoignages des missionnaires.

Les autorités religieuses décident donc de se montrer rigoureuses. Elles punissent de façon drastique les catholiques de certaines communautés et, surtout, elles entreprennent un long processus de rechristianisation qui s'appuie sur un clergé mieux formé et plus nombreux. Comme ailleurs dans le monde catholique du milieu du 19e siècle, elles renouvellent la pratique et enrégimentent les fidèles dans des associations religieuses, en plus de réprimer les « mauvaises » mœurs, en particulier la consommation d'alcool. En s'alliant avec les notables, elles réussissent à fusionner catholicisme et culture acadienne. Ce lien très fort entre la religion et la culture ne se desserrera pas au 20e siècle : à la bénédiction des bateaux s'ajoutera celle des autos ; le développement des voies de communication permet d'organiser des pèlerinages de masse ; les cercles catholiques connaissent une grande vogue auprès des jeunes, et l'on pourrait ajouter maints autres exemples.

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