Pour bâtir la Nation, il faut un réseau d'informations et une vision commune, d'où la nécessité de fonder des journaux. En 1867, Le Moniteur acadien est fondé. Plusieurs autres suivent, et bientôt toutes les régions francophones des Maritimes ont au moins un journal, au point que des rivalités s'élèvent même. Mais les journaux et les revues ont du mal à survivre financièrement en milieu minoritaire, et leur vie est parfois bien éphémère.

 

Une bonne partie de l'intelligentsia acadienne sera formée au Collège Saint-Joseph, de Memramcook, fondé en 1864 par le père Camille Lefebvre, et qui obtient le droit de conférer des grades universitaires en 1868. Consciente de l'importance de l'éducation, l'intelligentsia en fait une priorité. Une quinzaine d'autres collèges et couvents, presque tous situés au Nouveau-Brunswick, voient le jour, dont le dernier en 1959.

On fait aussi beaucoup de progrès au niveau élémentaire. Au début du 19e siècle, peu d'enfants recevaient une éducation. En outre, la compétence des missionnaires et des maîtres ambulants qui leur enseignaient laissait parfois à désirer. Dans les premières écoles qu'on construisit, les instituteurs étaient parfois des étrangers qui brillaient par leur instruction dans des sociétés largement analphabètes. Avec les années, le nombre d'élèves et d'écoles augmente. Mais la scolarisation reste difficile en certains endroits, où l'on manque d'instituteurs et d'écoles bien équipées

L'éducation acadienne, c'est aussi un combat contre la majorité anglo-protestante. La deuxième moitié du 19e siècle voit en effet les gouvernements provinciaux des Maritimes légiférer pour limiter ou prohiber l'enseignement religieux dans les écoles. En 1864, l'Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse proclame le Free School Act (loi Tupper), qui a pour effet de fermer le Collège d'Arichat. Au Nouveau-Brunswick, l'avènement de l'école non confessionnelle, en 1871, provoque la désaffection scolaire et même la violence : une émeute secoue la localité de Caraquet en 1875 et les Acadiens se gagnent un martyr, le jeune Louis Mailloux. Un peu partout, on trouvera des subterfuges pour passer outre à la législation scolaire.

La nécessité de défendre les droits des Acadiens et de développer l'éducation amène les élites à mettre sur pied plusieurs sociétés, dont la Société Saint-Thomas-d'Aquin, à l'Île-du-Prince-Édouard, ainsi que l'Association acadienne d'éducation et l'Association de la petite boutique, au Nouveau-Brunswick. On voit aussi apparaître des associations d'enseignants et des cercles de débats et d'études.

L'esprit associatif se manifeste aussi sur le plan socio-économique et plusieurs organisations qui visent au relèvement du peuple acadien voient le jour. C'est particulièrement le cas à l'Île-du-Prince-Édouard, où, dès 1859, l'abbé Georges-Antoine Belcourt fonde une institution financière de type coopératif, la Banque de Rustico, qui demeure active pendant 35 ans. Par la suite, des coopératives d'agriculture et de pêche sont mises sur pied. On voit même des sociétés de tempérance se transformer en coopératives funéraires. Au Cap-Breton, un autre prêtre canadien-français, l'abbé Pierre Fiset, lance aussi un mouvement coopératif acadien pour faire la lutte aux entreprises jersiaises de Chéticamp.

En 1903, des Acadiens émigrés en Nouvelle-Angleterre fondent à Waltham, au Massachusetts, une société mutuelle, l'Assomption. Déménagée à Moncton en 1913, celle-ci devient au fil des ans une institution centrale dans le développement économique, social et culturel de l'Acadie, surtout au Nouveau-Brunswick. Pendant les années 1930, le mouvement coopératif prend véritablement son envol chez les francophones de la province dans divers secteurs. Le succès est particulièrement grand dans le domaine de l'épargne et de la finance, où les caisses populaires en viennent à rivaliser avec les banques.

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