À la base des sociétés, on trouve des réseaux qui lient les individus dans des entrecroisements complexes. Ces réseaux assurent la communication et la mobilité. Ils permettent aux individus de s'adapter aux situations qu'ils rencontrent, et c'est par eux que le pouvoir s'obtient et se conserve. Leur entrelacement forme une charpente sur laquelle se construit l'identité culturelle.

Comme dans la plupart des sociétés humaines, c'est la famille qui constitue le fondement de la société acadienne. Dans l'ancienne Acadie, c'est autour d'elle que s'organise le peuplement et les solidarités. Il en résulte des mariages consanguins, qui augmentent après la Déportation : dispersés en petits groupes familiaux isolés, les Acadiens de la fin du 18e et du début du 19 e siècle épousent souvent des membres de leur parenté, pratique qui diminue cependant à partir des années 1850. Les réseaux familiaux sont en quelque sorte des polices d'assurance qui permettent de faire face aux difficultés de la vie. Ainsi, la majorité des vieillards sont pris en charge par leurs enfants. Lorsque ceux-ci ne peuvent ou ne veulent s'occuper de leurs parents, la communauté entre en jeu : entre la fin du 18e siècle et le début du 20e, les vieillards esseulés sont vendus à l'encan sur la place publique, comme c'est le cas ailleurs dans les contrées de tradition juridique britannique.

 

Dans cette sociabilité rurale, régie par les groupes familiaux, les occasions de rencontre sont variées : veillées pendant lesquelles on jase, écoute des histoires, chante et danse ; parties de sucre, le printemps dans certaines régions ; fête de la Mi-Carême, fête de Sainte-Anne, le 26 juillet, fête de l'Assomption, le 15 août. À Chéticamp, la Mi-Carême donne longtemps lieu à des festivités très importantes pour lesquelles on revient de loin. Les relations épistolaires, le téléphone et aujourd'hui l'Internet contribuent aussi à maintenir les liens avec ceux qui sont au loin. En fait, la sociabilité campagnarde s'adapte à la modernité, comme on peut s'en rendre compte lorsqu'on assiste à des événements sportifs ou lorsqu'on rencontre les Acadiens qui ont émigré dans les grandes villes.

             

Entre le milieu du 19e siècle et les années 1970, la chapelle du missionnaire ou l'église paroissiale constitue aussi un lieu important de sociabilité. Le dimanche, on se rend à la messe pour prier, mais également pour échanger ensuite des propos sur des sujets divers et se tenir au courant des événements locaux, régionaux et nationaux. Bien conscients que l'Église joue un rôle social de premier plan, les curés organisent pique-niques, bazars et autres activités, qui permettent en outre de recueillir des fonds pour la paroisse. La pratique religieuse est donc intimement liée à la vie sociale acadienne. D'ailleurs, pour ceux et celles, nombreux, qui émigrent hors des Maritimes, l'intégration à un nouveau milieu est facilitée par l'appartenance à une paroisse.

Durant le dernier quart du 19e siècle, l'intelligentsia acadienne naissante s'appuie sur les structures de sociabilité en place pour mobiliser les gens afin de renforcer les institutions, revendiquer des droits et tenter d'élever ce groupe minoritaire dispersé au rang de Nation. Rêvant de faire de Moncton leur capitale, les nationalistes acadiens organisent régulièrement de grandes conventions, dont la première a lieu à Memramcook en 1881 et la dernière à Edmundston en 1979, pour discuter des questions d'intérêt national et développer leur programme.

 

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