Comme dans d'autres sociétés, l'identité acadienne repose en grande partie sur la croyance en des origines et en un héritage commun. Le Grand Dérangement constitue le mythe fondateur du peuple acadien. Au milieu du 18e siècle, cet événement fit des Acadiens un peuple errant qui, malgré un enracinement en de nouveaux lieux, est toujours à la quête d'un pays. L'expression poétique et artistique acadienne s'abreuve à ce thème.


Mais il n'y a pas que la poésie et les arts visuels qui sont marqués par la territorialité. Le roman en est aussi profondément marqué. Pendant longtemps, par le biais d'une intrigue qui connaissait peu de variations, les romanciers ont chanté la fidélité à l'héritage, sacralisé par la Déportation. Pour les nationalistes, celle-ci était le commencement de l'Histoire. Issue de l'événement lui-même et des représentations que s'en étaient faites les victimes, la mémoire collective de la Déportation fut aussi enrichie par la tradition orale, avant d'être reprise par le poète américain Longfellow dans Evangeline, a Tale of Acadie et par les artisans de la Renaissance acadienne de la deuxième moitié du 19e siècle.
Belle histoire d'amour romantique, Evangeline, a Tale of Acadie, publié en 1847, fait du village de Grand-Pré le lieu par excellence du Grand Dérangement et immortalise le toponyme dans la mémoire collective. Longfellow donne aussi à l'Acadie une héroïne, Évangéline Bellefontaine. Conçue par le poète américain comme la représentation de la femme fidèle, elle devient en Acadie le symbole des vertus nationales. On la célèbre de la Nouvelle-Écosse à la Louisiane. On l'apprête à toutes les sauces. C'est une véritable « Acadian Queen », comme le chante Angèle Arsenault.

 

En fait, Évangéline symbolise à merveille l'identité acadienne, qui est à la fois puissante et diffuse. Certains définissent cette identité par les liens du sang, d'autres par la langue. Pour d'autres encore, l'« acadianité » s'exprime par des qualités particulières ou par une manière de vivre. Pour l'écrivaine Antonine Maillet, dont le personnage de la Sagouine joue aussi le rôle de symbole national contemporain, si l'identité acadienne est difficile à définir, elle veut néanmoins survivre, envers et contre tous. La force de l'œuvre d'Antonine Maillet réside dans sa capacité à faire le pont entre la culture orale et la culture écrite, à rétrécir l'écart entre l'intelligentsia et les gens ordinaires.
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