Bien des Acadiens pratiquent plus d'un métier pour subsister, chaque saison amenant ses activités. Ils pêchent et ils « farment ». Ils « farment » et ils bûchent. Ils bûchent et ils pêchent. Ils travaillent dans les mines et aux grands projets de travaux publics. 36 métiers, 36 misères.

 

Pour beaucoup d'Acadiens, joindre les deux bouts n'est en effet pas chose facile. À tout moment, on risque d'être jeté dans le dénuement. À l'île Madame, les habitants de Petit-de-Grat sont connus comme les « arêtes de poisson », puisque, dit-on, leur pauvreté est telle, que c'est tout juste s'ils ne mangent pas les arêtes des poissons qu'ils pêchent. À la dureté des conditions s'ajoutent les impondérables : certaines années, la mer ne donne pas ou une catastrophe naturelle entrave l'agriculture. Ainsi, au Madawaska, on se souvient de l'année 1797 comme celle de la disette et de l'année 1816 comme celle de la gelée.
Les crises sont parfois de nature globale et leurs conséquences peuvent se faire sentir pendant plusieurs années : le Grand Dérangement chasse les Acadiens de leur pays ; la Dépression des années 1930 fait mal partout, mais particulièrement dans le nord-est du Nouveau-Brunswick. Là comme ailleurs, le retour à la terre semble aux élites et aux gouvernements le meilleur remède pour faire face à la crise. Pêcheurs et cultivateurs s'enfoncent donc dans les terres pour se faire colons dans des conditions très difficiles, vivant péniblement d'une agriculture de subsistance, de la coupe du bois et de secours direct. Dans cette péninsule acadienne qui longtemps compta sur la mer pour sa subsistance, la situation devient désespérante lorsque la pêche commence à décliner à partir des années 1960.

 

L'Acadie n'a cependant pas connu que la misère, comme en témoigne son architecture. Symbole de l'enracinement dans un lieu, et indice du statut socio-économique et des contacts avec d'autres régions, la maison acadienne nous apprend beaucoup. Dans l'ancienne Acadie, les habitations sont modestes, mais chaque région a ses particularismes. Les différences s'amplifient après le Grand Dérangement, qui disperse les Acadiens aux quatres coins de la région atlantique et au-delà. Vers le milieu du 19e siècle, les maisons deviennent également plus grandes, sous l'influence des modèles pris ailleurs : en Nouvelle-Angleterre pour la Baie Sainte-Marie, au Québec pour le Madawaska.

 

 

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