Le genre de travail qu'on fait, le type de maison dans lequel on habite, la place qu'on occupe dans l'échelle sociale, en fait l'ensemble des conditions socio-économiques dans lesquelles on vit, façonne notre identité. Or ces conditions sont profondément tributaires du milieu. Dans la région atlantique, le milieu c'est avant tout la mer, qui nourrit mais qui tue parfois.

En fait, la pêche à la morue est en bonne partie responsable de la « découverte » du Canada par la France. Du 16e au 18e siècle, des milliers de pêcheurs français viennent chaque printemps à Terre-Neuve et dans le golfe Saint-Laurent. Ils pêchent le poisson sur les bancs et l'apprêtent sur les rives. Après le traité d'Utrecht, qui fait passer l'Acadie péninsulaire sous contrôle britannique, les petites colonies établies par la France pour contrer l'expansion anglaise dépendent d'abord de la pêche à la morue, que ce soit à l'île Royale, à l'île Saint-Jean ou à Saint-Pierre-et-Miquelon.

 

 

Après la cession définitive de la Nouvelle-France à l'Angleterre en 1763, la France continue de pêcher sur la côte ouest de Terre-Neuve, notamment à l'île Rouge. Elle gardera ses droits de pêche jusqu'en 1904. La pêche à la morue s'est poursuivie jusqu'à tout récemment dans les eaux de l'Atlantique-Nord, du golfe Saint-Laurent et de la baie des Chaleurs. Avec le temps, toutefois, d'autres espèces gagnent la faveur des pêcheurs. Ainsi, la pêche aux crustacés, notamment celle du homard, s'est développée à partir de la deuxième moitié du 19e siècle, et le homard est même devenu un symbole de la culture acadienne.

Aujourd'hui, malgré la dimunition des stocks, la pêche demeure une activité importante dans les différentes régions acadiennes. C'est une activité qui peut rapporter de belles sommes d'argent à ceux qui la pratiquent. Les pêcheurs sont devenus de vrais entrepreneurs et ils utilisent la technologie la plus moderne. L'époque du petit pêcheur qui pratiquait son métier de façon artisanale avec les membres de sa famille est bien révolue. Révolue aussi l'époque où les compagnies jersiaises du golfe Saint-Laurent exploitaient les pêcheurs, qui se trouvaient pris dans le cercle vicieux de l'endettement. Révolue enfin l'époque où les pêcheurs de certaines localités quittaient leurs maisons pour passer l'été dans des cabanes situées près du rivage.

 

Si la pêche amène les premiers Européens dans l'est du Canada, c'est l'agriculture qui enracine les Acadiens autour de la baie de Fundy et du bassin des Mines aux 17e et 18e siècles. La vie quotidienne des Acadiens est ainsi modelée par le cycle des saisons, qui conditionne l'activité agricole. Oeuvrant en milieu maritime, les cultivateurs acadiens innovent, en adaptant des techniques françaises, la plus connue étant la construction de digues appelées « aboiteaux ».

 

L'agriculture perd sa place prépondérante dans l'économie acadienne après le Grand Dérangement. À certains endroits, on continue à la pratiquer, mais souvent en complémentarité avec d'autres activités. C'est le cas à l'île-Saint-Jean et à Chezzetcook, au sud d'Halifax, où les récoltes de foin salé se font dans une embarcation plate appelée « gundalo ». C'est le cas aussi, jusqu'à la fin du 19e siècle, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick. Le Madawaska, au nord-ouest de la province, fait exception : région francophone agricole par excellence des provinces de l'Atlantique, le Madawaska devient, dès le milieu du 19e siècle, le royaume de la pomme de terre. Encore aujourd'hui, on y trouve des fermes qui sont demeurées dans la même famille depuis la colonisation.

 

Le Madawaska constitue aussi un immense domaine forestier qui fournit du travail aux habitants et qui attire des gens de l'extérieur. À Edmundston, l'usine à papier de la compagnie Fraser domine le paysage. Comme ailleurs en Amérique, les cours d'eau du Madawaska servent longtemps au flottage du bois : chaque printemps, les draveurs se mettent à l'œuvre, au péril de leur vie. Le travail dans les chantiers forestiers n'est peut-être pas aussi dangereux, mais il n'est pas facile, comme en témoigne le folklore.

 

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